L’écho des falaises

« …De mon nom, le Viel Audon, vous n’avez retenu que les syllabes : vie, aile (des oiseaux), l’eau et surtout cette note finale, le don, qui résonne, comme un tambour de peau, de chacun des gestes que vous faites ici ensemble. Sans doute avez-vous compris, avec le temps, ces choses toutes simples, si âpres pourtant : ce qu’on donne, il faut l’offrir ; ce qu’on dit, le faire ; ce qu’on fait, le transmettre, pas comme un mot d’ordre mais comme un mot de passe…

Rien n’était tracé. La contrainte est un atout. Vous ne saviez pas que c’était impossible. Alors vous l’avez fait. Vous avez fait mûrir les pierres, vous avez refait le nœud souple qui lie le sol au soleil et la plante à la tente, qui lie l’abeille au ciel et ce miel à vos voix, et vos doigts à ces fleurs que vous cueillez parfois. Tout est lié mais le secret c’est que ces liens délivrent. Toutes les cordes portent, il suffit de les tendre comme on tend une main… »

 Extrait d’un texte écrit par Alain Damasio

Lu par  la Cie des « Arts cordés » pour les trente ans de l’association le MAT  en septembre 2006

Niché à l’entrée des gorges de l’Ardèche, au bas des falaises calcaires, dans un site préservé par 300 mètres de chemin muletier à parcourir à pieds pour y accéder, le hameau du Viel Audon a été réhabilité depuis une vingtaine d’années.

Plus de 11 000 volontaires ont participé à la reconstruction du hameau, dont certains ont choisi d’en devenir les habitants d’aujourd’hui. La ferme (animaux, vergers et jardins maraîchers) est un exemple de gestion durable et raisonnée des ressources sur un territoire de garrigue.

Agriculture, accueil, éducation, animation, formation sont les bases du développement du projet de l’Association le Mat, où les modes de vie et les choix de consommation nourrissent la réflexion et la pédagogie.

Pourquoi ce projet ?

Il faut avoir un grain de folie pour imaginer faire revivre un hameau totalement en ruines et sans accès routier. C’est une sorte de défi qu’on se donne, peut-être simplement pour redécouvrir une force qu’on croyait disparue… celle d’une certaine volonté humaine… la volonté de ceux qui portent collectivement un projet d’une certaine dimension et dans la durée, la force de la détermination, de la solidarité face aux épreuves, celle qui, rappelons nous, a fait le paysage ardéchois; un peu de la foi aussi qui déplace les montagnes…

C’est peut-être de cette énergie-là dont nous avons besoin pour bâtir le monde de demain… si nous nous voulons plus conscients des incidences planétaires de nos actes quotidiens et plus solidaires dans nos modes de consommation et de gestion des ressources.

Un livre vous raconte cette histoire…